Ils ont traversé l’Espagne en camping-car et manœuvré dans des villages où le rétroviseur frôlait les façades. Et pourtant, l’idée de quitter le goudron pour une piste du Sud marocain les fait hésiter. Ce profil revient souvent chez les voyageurs habitués à l’itinérance : à l’aise sur route, inquiets dès que le bitume s’arrête. La crainte porte rarement sur la conduite elle-même. Elle tient à une image, celle d’un véhicule planté dans le sable, loin de tout, sans savoir qui appeler.
Le déroulé qui suit est un cas type, et non le récit d’un voyage particulier : un couple de conducteurs expérimentés, qui n’a jamais roulé hors route, choisit un circuit accompagné d’une semaine de route entre Marrakech et le désert, chacun prenant le volant à tour de rôle. Ce qui frappe, dans ce genre de parcours, c’est la façon dont l’appréhension change d’objet au fil des jours.
Le premier jour, la piste n’est pas encore là
Le premier jour ressemble à un road trip classique. La route quitte Marrakech, grimpe dans le Haut Atlas jusqu’à un col situé autour de 2 200 mètres, puis redescend vers les palmeraies du versant sud. Les lacets s’enchaînent, les camions sont nombreux, et c’est souvent là, plus que sur les pistes, que les novices du tout-terrain se fatiguent. Les premières pistes n’apparaissent qu’à l’approche de l’étape, en guise de mise en route.
Rouler derrière quelqu’un qui connaît la trace
Le convoi change d’abord une chose : on ne choisit plus son chemin, on le suit. Sur une piste qui se divise en plusieurs traces parallèles, qui disparaît dans un lit d’oued ou se confond avec la hamada, cette seule différence retire l’essentiel de la charge mentale. Le conducteur se concentre sur ce qu’il voit devant ses roues, et non plus sur la carte.
C’est la formule retenue par Caravanes Aventures, par exemple, sur son circuit au Maroc : chaque équipage conduit son propre 4×4 de location, un guide francophone encadre le petit convoi et un véhicule d’assistance l’accompagne. Le couple de notre exemple garde la main sur son volant ; il n’est simplement plus seul devant une bifurcation.
Le rythme surprend davantage que le terrain. Sur piste, les moyennes sont lentes, et une étape de deux cents kilomètres occupe facilement la journée, pauses comprises. Les habitués de la route, qui raisonnent en heures de trajet, doivent réapprendre à compter en kilomètres de terre. C’est aussi pour cela que l’on change de conducteur plus souvent qu’on ne l’aurait cru : la concentration s’use plus vite que sur l’asphalte.
La radio, ou la fin de la solitude au volant
Dans l’habitacle, la radio entre véhicules devient vite l’outil de confiance du voyage. Elle annonce un passage de sable, une marche rocheuse, un troupeau sur la piste, un arrêt imprévu. Le passager, qui tient souvent le combiné, y trouve un rôle : relayer les consignes, surveiller le véhicule de devant, signaler une hésitation. Beaucoup de couples découvrent à cette occasion que la répartition des tâches compte presque autant que la technique de conduite.
Elle a aussi un effet moins attendu. On entend les autres équipages hésiter, poser des questions, se tromper de trace. Le novice comprend qu’il n’est pas le seul à découvrir le terrain, et cette simple information le détend souvent davantage qu’un conseil. Le soir, au bivouac, les mêmes passages reviennent dans la conversation, racontés cette fois avec le sourire.
Le jour où le sable devient mou
Vers le milieu du circuit, le terrain change. Les abords de Zagora alternent sable et fech-fech, ce sable réduit en poudre qui recouvre la piste et masque les ornières. Puis viennent les dunes, plus au sud. C’est en général là que survient le premier ensablement du voyage, et c’est là que l’appréhension du départ se dissipe, parce que l’incident tant redouté se révèle banal : quelques minutes de pelle, une sangle tendue entre deux véhicules, et l’on repart.
Ce qui rassure, au fond, c’est de voir la difficulté traitée comme une routine par ceux qui encadrent. Le deuxième ensablement ne fait plus peur à personne ; au troisième, le couple de notre exemple sort lui-même la pelle avant qu’on le lui demande.
Ce que l’accompagnement ne fait pas à votre place
Le convoi ne transforme pas une piste en autoroute. Vous restez conducteur, responsable de votre allure, de vos distances et de votre fatigue. Une roue mal placée sur un pierrier, une marche abordée trop vite, et c’est votre véhicule qui encaisse le choc. Les contrats de location prévoient d’ailleurs en général une franchise à la charge du conducteur en cas de dommage, y compris dans un circuit organisé : lisez ces lignes avant le départ plutôt qu’au retour.
Aucun encadrement ne supprime non plus le risque. Il le réduit, en fixant un rythme, en choisissant les passages, en gardant une assistance à portée. C’est déjà beaucoup pour un premier voyage hors du goudron, et ce n’est pas une raison pour relâcher l’attention le cinquième jour, quand la confiance revient et que la piste paraît soudain facile.
Si l’idée vous tente sans vous rassurer tout à fait, réservez avant le départ une demi-journée d’initiation au tout-terrain sur un terrain d’entraînement en France. On y apprend à sentir une perte d’adhérence, à utiliser la gamme courte et à sortir d’un bac à sable sans s’affoler. Arriver au Maroc avec ces sensations déjà en tête change complètement la première piste.
